ghb-nd

Usage de GBL et de GHB : les exploitants de lieux festifs, de vie et de diffusion culturelle alertent les ministres de l’Intérieur et de la Santé

Publié le 20 avril 2018 dans Informations syndicales


panneau-danger

 

 

Les représentants des organisations professionnelles majoritaires dans le secteur CHRD et de la Nuit déplorent une vague d’incidents graves, en lien avec l’absorption de substances dangereuses (notamment le GBL et GHB) dans plusieurs clubs de la capitale ses dernières semaines*.

 

collectif-action-nuit-300x300

 

 

Le GBL est une substance interdite depuis 2011 et pourtant accessible sur internet. Certains publics le détournent de son usage professionnel pour en faire une drogue qui, une fois absorbée, modifie des fonctions physiologiques ou psychiques de l’organisme. Il entraîne des vertiges, des pertes de mémoire, allant jusqu’à la perte de conscience, le coma, l’arrêt cardiaque ou encore l’insuffisance respiratoire. Un dosage infinitésimal suffit et les risques de surdosage sont par conséquent fréquents d’autant plus qu’ils sont associés à la prise d’alcool. Les consommateurs ignorent le plus souvent le mix mortel. Son prix particulièrement attractif et son accès facile sur Internet en font un produit prisé des jeunes publics. Le GHB est connu des publics à risques VIH et MST depuis les années 90. Le GBL dispose aussi d’une particularité chimique recherchée par les prédateurs sexuels, celle d’être métabolisée très rapidement par l’organisme en GHB (appelée la drogue du violeur). Il est donc dangereux ! Les représentants des organisations professionnelles majoritaires dans le secteur CHRD et de la Nuit en condamnent l’usage.

 

photo-produits-ghb

 

 

Conscients de leur responsabilité, des risques pour la santé de leurs publics et ceux qu’ils encourent en tant qu’exploitants, ils mettent en place plusieurs actions concrètes au quotidien pour prévenir ces situations : vidéosurveillance des accès et espaces publics, filtrages et consigne des boissons à l’entrée, formation des équipes de service et de sécurité aux risques en milieu festif, formation aux gestes de premier secours de toutes les équipes, équipement de premiers secours, diffusion de documents de prévention agréés par les autorités sanitaires et de police, affichage public…

 

 

bouteilles-de-gbl

 

Face à la recrudescence des incidents, ils souhaitent être relayés. Ils alertent le public et les ministères de tutelle des problèmes sanitaires et de police de l’accès trop facile à ces produits potentiellement mortels. Trop peu d’informations sur la dangerosité des produits n’est donnée aux publics cibles, d’autant plus qu’il leur est difficile de les repérer sur le terrain au regard des différentes formes qu’elles prennent.

 

Ils demandent aux pouvoirs publics de l’aide face à une situation qu’ils ne peuvent gérer seuls. La seule réponse des pouvoirs publics ne peut être la fermeture administrative des établissements. La consommation des drogues, récréatives ou pas, ne se limite pas à leurs lieux et pourtant, les fermetures administratives ne s’appliquent qu’aux débits de boisson et lieux festifs, et non pas aux moteurs de recherche qui permettent l’accès à des sites permettant de se faire livrer à domicile GBL, GHB et autres drogues de synthèse.

 

Les établissements sont des îlots dans la lutte contre la drogue et des phares dans la nuit. Ce sont des lieux régulés avec des personnels formés et identifiés, ce qui n’est pas le cas des soirées privées et lieux alternatifs urbains ou tiers lieux où se développent des pratiques permissives. Les lieux sont les partenaires naturels de la prévention des risques en milieu festif et défendent les valeurs de la fête, comme le partage, le respect, l’égalité et la lutte contre les discriminations.

 

En conséquence, ils demandent de disposer de moyens légaux dissuasifs plus efficaces :

  • Des campagnes d’information grand public lors de la circulation avérée de produits toxiques dans une ville, un département, une région,
  • L’organisation d’une table ronde autour de la question incluant les associations de prévention terrain comme Le Kiosque, Enipse, Fêtez Clairs, la MILDECA et le collectif (CAN) représentant les syndicats professionnels,
  • La fouille des clients par des agents de sécurité agréés par le Ministère de l’Intérieur,
  • Un moyen d’analyse des produits pour prévenir en cas de toxicité mortelle,
  • Un guichet unique de l’administration pour traiter le signalement des cas constatés.

 

Ils ont contacté MM. les Ministres des Solidarités & de la Santé et de l’Intérieur le 20 mars.

 

Le Collectif Action Nuit :

  • Renaud Barillet, Frantz Steinbach – Réseau MAP, EuroCouncil of The Night
  • Bruno Blanckaert, Aurélien Dubois, Michel Pilot – CSLMF ex-CSCAD / UMIH
  • Christophe Vix – entrepreneur
  • Marcel Benezet – GNI-SYNHORCAT
  • Rémi Calmon, Michel Mau, Olivier Robert – SNEG and Co, UMIH
  • Vincent Cotte – Nuit Vive

Avec une vision holistique de la Nuit en France et en Europe, le Collectif Action Nuit (CAN) fédère un ensemble d’organisations professionnelles et de personnalités qualifiées de la filière Nuit. Ses membres se rassemblent autour de propositions et de défense de l’environnement de la Nuit et de ses externalités positives : développement économique, culture, tourisme & santé.

 

Compte-rendu de la réunion avec la préfecture

 

C’est à Paris, là où se sont déroulés les faits, que la réaction a été la plus rapide après l’interpellation du CAN. Mobilisant un nombre important de ses services, la Préfecture de Police a reçu l’ensemble des acteurs concernés le lundi 16 avril.

Michel Delpuech, Préfet de Police a ouvert les débats, indiquant que « le sujet n’est pas nouveau, pas non plus limité aux seuls lieux de nuit mais que la succession de faits intervenus ces derniers mois supposait de s’y attarder ». Pour preuve, pour 6 fermetures administratives en lien avec les stupéfiants en 2017, 6 autres ont été prises en 2018 rien que pour le 1er trimestre et 3 procédures sont encore en cours ! Le chiffre s’explique par le renforcement des contrôles mais aussi par l’aggravation des faits et constats.

Sur la base de l’article 3332-15 du Code de la Santé Publique, le Préfet de Police n’hésite donc pas à sanctionner et ce, de façon paradoxale. Prenant acte de la prise de responsabilité des professionnels sur le sujet, il explique pourtant au Parisien dans son édition du 17 avril : « Les fermetures administratives ont au moins une utilité : elles font prendre conscience ». Or, la sanction ne touche pas le public et parmi lui, les consommateurs de GBL, nullement affectés par la fermeture d’un quelconque établissement !

Toutefois, le Préfet de Police a concédé aux exploitants que « la situation est difficile, je ne l’ignore pas, vous êtes victimes d’un phénomène dont vous n’êtes pas responsables ». C’est pourquoi il souhaite aussi « construire une réponse efficace et durable, reposant sur des engagements de la Préfecture, de la Ville et des organisations professionnelles ».

Le maire adjoint chargé de la politique de la Nuit, Frédéric Hocquard, a indiqué que le problème reposait sur « l’utilisation d’un produit non stupéfiant, en vente libre sur Internet, mais utilisé comme par ses consommateurs ».

Les professionnels ont fait valoir leur inquiétude sur le sujet et en conséquence, ont indiqué qu’une fois encore, leurs lieux étaient bien évidemment des relais de prévention à disposition des autorités administratives et sanitaires.

 

Au terme de la réunion, il a été décidé de travailler sur l’aspect juridique pour notamment viser à interdire la vente en ligne de ces produits. Une autre piste consiste à renforcer le partenariat entre les services de sécurité et secours et les professionnels (formation et sensibilisation des salariés et organisateurs de soirées, modalités d’action en cas découverte de consommateurs et/ou de trafiquants. Enfin, une dernière voie vise à réfléchir à la mise en place d’actions de prévention à destination du grand public et des consommateurs. Les organisations professionnelles seront bien évidemment au nombre des participants à chacun de ces 3 groupes de travail.

D’ici là, face à un Préfet soucieux de dialogue mais aussi de fermeté, elles veilleront à ce que la fermeture administrative ne soit pas la seule expression de l’autorité de police. Les organisations professionnelles plaident pour une obligation de moyens, impliquant le volontariat et la participation des exploitants dans la lutte contre les stupéfiants, et non plus une obligation de résultat face à un problème qui dépasse les pouvoirs publics eux-mêmes.

 

invit-reunion-gbl-can

 

 

Réunion d’information sur le GBL et autres drogues de synthèse en milieu festif le mercredi 25 avril à 14h à Paris

Intervenants pressentis :

  • Médecin urgentiste et/ou Addictologue
  • Spécialiste réduction des risques : Fred Bladou / AIDES Nouvelles stratégies de santé
  • Collectif Action Nuit : Michel Mau
  • Modération : Christophe Vix

Au sommaire :

  • Info produit
  • Que faire en cas d’absorption
  • La meilleure méthode en RDR pour les intervenants du point de vue des exploitants
  • Les revendications du Collectif Action Nuit.

Inscription et lieu par mail : collectifactionnuit@gmail.com

 

 

 

* Événements constatés :

Lien 1 : www.france3-regions.francetvinfo.fr/paris-ile-de-france/paris/discotheque-nuits-fauves-fermee-apres-hospitalisation-trois-clients-drogues-1390145.html

Lien 2 : www.leparisien.fr/paris-75/paris-ils-croient-boire-de-l-eau-minerale-et-tombent-dans-lecoma-13-03-2018-7606269.php

Lien 3 : www.leparisien.fr/paris-75/paris-triple-overdose-au-ghb-au-rex-club-15-03-2018-7610802.php

 

Note juridique :

Le 8 septembre 2011, le Ministère de la santé a décidé d’interdire par arrêté du 2 septembre la vente et la cession au public du GBL et du 1,4 butanediol (1,4-BD), les deux entrant dans la synthèse du GHB ou « drogue du viol » cette décision fait suite à « la proposition d’interdiction par l’Afssaps en raison d’une augmentation significative de consommation à des fins récréatives ainsi que des cas graves d’intoxication, d’abus et de dépendance ». Cette interdiction concerne la vente de ces produits en tant que matières premières mais concerne également les produits en contenant à une concentration supérieure à 10 % et/ou pour des contenants de plus de 100 ml.

 


A lire aussi

Laurent Barthelemy, président de l’UMIH Nouvelle Aquitaine élu vice-président du Fafih

Abattements Sacem pour 2018

Share on Google+Tweet about this on TwitterShare on FacebookPin on PinterestEmail this to someone