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50 ans de nuit et son avenir

Publié le 8 juin 2015 dans Events


Les présidents des syndicats expriment leurs sentiments

 

 

En 30 ans, le monde de la nuit a connu d’importantes mutations. Les pratiques de la clientèle ont changé :

  • Le nombre de discothèques a été divisé par deux, passant de 4 000 en 1980 à près de 2 700 aujourd’hui. Entre 2008 et 2010, 800 discothèques ont fermé, entrainant une baisse du chiffre d’affaires du secteur de plus de 30 %. 60 % des discothèques n’ouvrent plus que 2 à 3 jours par semaine, c’est-à-dire le week-end et le jeudi soir.
  • Parallèlement, les bars et les restaurants à ambiance musicale se sont développés ; on en compte aujourd’hui près de 4 000. La clientèle se tourne vers ces nouveaux types d’établissements, entamant la fête beaucoup plus tôt avec les soirées type « afterworks » et poursuivant ainsi par étapes jusque tard dans la nuit : dîner, puis ambiance lounge, puis ambiance club.
  • Les soirées privées, moins chères et sans contrôle réglementaire, entraînent une désaffection pour les lieux commerciaux.
  • Les jeunes font la fête différemment, chez eux ou dans la rue. Leur consommation d’alcool a augmenté fortement, avec notamment le phénomène dit de « binge drinking », alors que seulement 10 % de la consommation d’alcool se fait dans nos établissements.

Et le contexte professionnel général a évolué :

  • Les entreprises sont confrontées à une augmentation des charges et des contraintes administratives et réglementaires.
  • La crise économique impacte fortement le budget dédié à la consommation dans les établissements commerciaux quand la fête peut se faire à moindre frais dans un cadre privé ou sur la voie publique, mais pour autant, souvent aux abords des établissements commerciaux.
  • Ne disposant pas d’une reconnaissance comme étant une activité économique à part entière et comme un secteur attractif, créateur de richesses et d’emplois, les professionnels de la nuit rencontrent des difficultés importantes pour l’accès au crédit et à l’assurance.
  • Nos entreprises subissent la concurrence déloyale de la vente d’alcool à emporter et même illicite (associations et soirées festives privées entre autres).

À ces mutations, il convient d’ajouter que le monde de la nuit a une image négative auprès des riverains, des administrations et des autres acteurs économiques. La nuit en France souffre d’un manque de reconnaissance comme une activité économique à part entière, génératrice de richesses et d’emplois, surtout chez les jeunes de 18-25 ans. Résultat : on constate impuissant la fuite de consommation festives en faveur de destinations qui misent sur les atouts d’une nuit ambitieuse et innovante (Bruxelles, Londres, Barcelone, Madrid et Berlin entre autres).

L’intensité de la crise que nous traversons depuis trop longtemps, conjuguée à la complexité grandissante des contraintes pesant sur nos métiers imposent aux organisations professionnelles de pouvoir parler le plus fortement possible d’une seule voix.

Ainsi, l’UMIH milite auprès des pouvoirs publics pour qu’au plan local et national, soit mis en place une politique audacieuse et volontariste visant à promouvoir le tourisme nocturne, et ainsi la diversité et la qualité de l’offre française. Alors que la France est la première destination touristique mondiale, il est nécessaire de valoriser l’interactivité qui existe entre les métiers de services de jour et ceux dédiés aux loisirs nocturnes. Cela passe par une participation de l’Etat qui doit contribuer à cette promotion car la nuit est un secteur d’activité économique et social primordial. En préalable, il faut que les pouvoirs publics cessent de stigmatiser la nuit et reconnaissent le professionnalisme de ses acteurs. Au lieu de cela, à l’heure actuelle, c’est la menace constante de la fermeture administrative qui pèse sur nos établissements. Cette politique de sanctions doit être revue et corrigée car elle est un obstacle à la création de nouveaux lieux, à l’investissement de ceux déjà existants y compris pour la mise aux normes que supposent les réglementations : fumoirs, accessibilité. Les banques, les assurances ne suivent pas des entreprises qui à tout moment, peuvent être interdites d’exploitation. Les problèmes de voisinage sont au cœur de cette menace. Il faut que cesse enfin cette guerre de tranchées entre riverains et professionnels qui doivent pouvoir travailler dans la sérénité.

Dans un contexte de crise où de nombreux établissements sont en difficulté quand ils ne sont pas carrément amenés à disparaître, nous demandons aux élus de lutter contre la concurrence déloyale et le commerce illégal que sont la vente à emporter ou à distance, les stations-services, les épiceries de nuit, les soirées associatives ou privées. Nous alertons les pouvoirs publics pour que soit assuré un meilleur contrôle de ces activités qui échappent à toute réglementation en termes de sécurité, d’hygiène et de prévention.

Vous l’avez compris, l’UMIH est, au quotidien, aux côtés des professionnels pour les accompagner, les représenter et les défendre, et promouvoir un secteur, essentiel à l’activité économique de notre pays.

 

Roland-HéguyRoland Heguy, Président confédéral de l’UMIH (Union des Métiers et des Industries de l’Hôtellerie).

 

 

 

 

 

Mai 2015, je pose mon regard sur un-demi-siècle de cette évolution sur les sorties nocturnes. Une chose me frappe ! Les clients des années 1970 occupent des postes élevés dans la société (avocats, ambassadeurs, hommes d’affaires, et même ministres)… c’était des noctambules rieurs, avides de découvrir la vie à pleine dents, et ceux d’aujourd’hui veulent légitimement les mêmes découvertes sur la vie.

Question très difficile, comment la discothèque va-t-elle évoluer ?

Il faut consulter une voyante ! Comment les mentalités vont-elles évoluer dans ce concert des nouvelles distractions que sont internet et les relations trop rapides. Comment les jeunes vont-ils s’aimer demain dans cette nouvelle société hétéroclite ? Quelles discothèques pour créer des moments heureux pour toute cette jeunesse différente ? Peut-être des endroits qui redeviendront privilégiés pour la sécurité, ou sans crainte les jeunes viendront chercher le naturel. C’est comme pour les voyages lointains, les moins pollués sont les meilleurs pour rêver, et retrouver les libertés perdues ; la plus grande de celle-ci ? C’est de sortir librement la nuit à la rencontre d’une population « ouverte à la vie » : c’est la discothèque de demain.

Bon, c’est à nos gouvernants de nous ramener ces valeurs inestimables, d’abord la sécurité dans le pays pour préserver les lieux de distraction nocturne qui, quoi qu’on le dise, ne peuvent pas disparaître, et doivent être protégés. Sur ces belles paroles, je pense que les discothèques seront l’un des lieux de distraction les plus recherchés dans le futur, et sauront s’ajuster aux nouvelles exigences !

 

Ivan-PoupardinIvan Poupardin, Président National de l’AFEDD (Association Française établissements discothèques).

 

 

 

 

 

« Le phénix », oiseau mythique sans cesse renaissant, est l’image qui me vient à l’esprit pour parler de la nuit.

Les discothèques des années 75 sont passées de 5 000 à un peu plus de 1 800. Quelle saignée !

Depuis, les établissements doivent répondre aux nouvelles attentes : lounge, BAM, points nourriture, tapas ou snack et même pour certains restaurant, afterwork, before et afters, soirées événementielles ou expos, thés dansants, soirées spécialisées, dj guests et se professionnaliser (informatique, réseaux sociaux et comptes entre autres).

Il convient de le faire dans l’espace (au sein de complexes) ou dans le temps (en fractionnant les heures d’ouverture). Ceux qui n’auront pas compris sont condamnés. Pour les autres une conception très extensive du concept initial de « discothèque » a encore de beaux jours. La rencontre sur la musique et la danse existera toujours.

 

Patrick-MalvaësPatrick Malvaës, Président National du SNDLL (Syndicat National des Discothèques et Lieux de Loisirs).

 

 

 

 

 

En 40 ans, que sont devenues les discothèques ?

Peu à peu elles disparaissent des centres villes, des périphéries, des campagnes. Dans les années 80, elles étaient 10 000, c’était le boum des années disco, le funk. Les discothèques avaient remplacé les bals et les générations s’y rendaient tous les weekends.

Les conséquences ?

Nous pouvons nous interroger sur les conséquences d’un tel changement. Les jeunes n’ont plus de lieu pour les recevoir. « Ils sont laissés à eux-mêmes. Ils s’alcoolisent plus à un coût moins élevé », s’inquiète un patron de discothèque. « Nous sommes désespérés. Non seulement cette situation est dramatique pour leur santé, mais également pour l’emploi. Car quand une discothèque ferme c’est une certain nombre d’emploi en moins ». L’économie d’une commune s’en ressent immédiatement.

L’avenir de la profession semblait bien compromis. Les patrons de discothèques avaient le sentiment d’avoir été oublié alors que ce sont de vrais professionnels responsables qui reçoivent chaque année 300 millions de personnes et assurent la sécurité de notre jeunesse grâce à leur professionnalisme. De plus, on ne peut nier le rôle social de ces lieux de sociabilité et de convivialité notamment vis-à-vis de notre jeunesse.

Des raisons d’espérer

Malgré ce marasme ambiant, de nouveaux concepts voient le jour, des complexes offrant les services de restauration et des concerts live. On s’aperçoit, aujourd’hui, qu’un véritable élan positif voit le jour en Europe. La nuit renaît de ses cendres. Mais c’est une offre différente, diversifiée qui propose aux clients ce qu’ils ne peuvent avoir chez eux. Une vraie réflexion sur la place et le statut des discothèques en France commence à s’engager avec les pouvoirs publics, qui doivent prendre conscience que la nuit est un véritable secteur économique facteur d’attractivité touristique.

 

Laurent LutseLaurent Lutse, Président section discothèques de l’UMIH (Union des Métiers et des Industries de l’Hôtellerie).

 

 

 

 

 

D’aucuns prétendent aujourd’hui que les clubs discothèques sont en voie d’extinction. C’est faux, mais l’activité souffre, indéniablement. Les chiffres démontrent clairement que le secteur subit de plein fouet la crise économique et par ailleurs, la clientèle en attente de nouvelles formes de soirées, se tourne vers d’autres types d’établissements.

Le challenge est donc double : faire face à la crise et renouveler le genre.

Animations, équipements techniques, décorations, programmation, agencement, l’heure est à l’investissement, même modeste, pour séduire le public et engager une nouvelle dynamique.

 

Gérard-SiadGérard Siad, Président du SNEG & Co.

 

 

 

 

 

 

 

Quelques discothécaires nous livrent leur analyse du terrain

 

 

L’avenir de la discothèque n’est pas morose comme certains médias ou professionnels l’affirment.

Bien sûr, il y a eu une évolution et fort heureusement. Dans les années 70/80 les discothèques ont remplacé ginguettes et bals populaires, la clientèle s’est engouffrée dans ces établissements, l’apparition de la musique disco y a largement contribué.

4 000 discothèques ont ouvert leurs portes entre les années 1975 et 1995.

2 500 les ont fermées de 2007/2008 à nos jours.

La raison principale est que la jeunesse, les 16/20 ans qui alimentaient nos établissements, rencontre des difficultés d’ordre sociaux et familiaux, et que celle-ci n’est pas en phase avec les exigences qu’imposent les dirigeants (le respect, l’esprit de convivialité et festif).

L’alcoolisation entraine des comportements violents on peut constater qu’actuellement 80 % des discothèques refusent les moins de 25 ans pour raison de sécurité.

La clientèle est présente à condition de lui garantir une certaine sécurité, des produits de qualité et une programmation musicale variée, l’avantage est donné à ceux qui disposent de plusieurs salles.

On peut également constater que l’apparition des musiques techno et électro dans les années 90 a été un échec total car trop stéréotypées, non chantées et trop peu conviviales, les Djs qui programmaient cette musique ont perdu de nombreux clients de 30/40 ans au profit des 18/20 ans (« Les disco fêteurs »).

La forte concurrence des années 90/2000 étant arrivée à son paroxysme, a poussé certains gérants à brader les tarifs afin de faire le plein et n’ont pu faire face à toutes les charges ce qui a eu pour conséquences la fermeture de nombreux établissements.

Aujourd’hui, on constate que les bars ou restaurants d’ambiance, lesquels ferment beaucoup plus tôt, ont su s’approprier la clientèle qui venait habituellement en discothèque le vendredi soir.

Pour conclure, je dirais que l’avenir des discothèques n’est lié qu’au professionnalisme des dirigeants.

 

Aquarius LogoJean-Paul Combes, L’Aquarius, Pont du Château (63).

 

 

 

 

Suite au prochain numéro